Lundi 28 janvier 2008

{Fragment d'un fait divers transformé pour passer dans une histoire de personnes qui s'engueulent dans la rue, et par ailleurs la suite de l'article précédent}
I/ Extérieur
-Le genre d'un pamplemousse?
Mais pourquoi c’est si important de savoir ça ?
-C’est culturel. Bien sûr, en soi, le genre d’un pamplemousse, tout le monde s’en fout, mais si tu en prends plusieurs, et si tu rajoutes tous les travaux qui ont été faits là-dessus, ça devient beaucoup plus important de contribuer aux projets qui ont déjà été faits que de faire un truc réaliste, tu captes ?
-Bah non, tu baragouines, et moi je m’endors.
-Ah ouais ?
(Il prend le verre et le regarde.)
-Et si je le brise ? Il va se passer quelque chose ? Tu crois ?
-Bien sûr. La serveuse, ça va l’emmerder.
(Et puis ?
Il hésite, le verre à la main.)
-Tiens, toi le canadien ahuri qui me regardes, regarde bien.
-Are you crazy man?
(Bruit de verre cassé)
-T’es trop con. Va prendre une éponge.
-Je suis désolé.
(Rouge, il se lève et va chercher une éponge, mais la serveuse arrive.)
-Merde, ah, il y en a partout.
Quand je pense qu’il était encore entier il y a cinq secondes, se dit-il.
C’est un peu comme la vie.
II/ Pénétrant
Mais qu’est-ce que je la kiffe, pensai-je en la voyant comme ça assise nonchalamment dans cet espèce de fauteuil en velours au milieu du bar impersonnel. Je m’éloigne un peu, parce que non plus je n’éprouve aucune attirance ni envie qu’il se passe quoi que ce soit, et puis qu’est ce qu’elle pense, hein ?
Elle pense qu’elle s’emmerde, ça se voit sur sa figure, mais si ça se trouve elle est prise dans le même désir de se rappeler un fantôme du passé. Il cherche quelque chose à dire, mais ça lui fait mal de se rendre compte qu’il se repose toujours sur sa pensée. Alors, comme ils sont amis depuis maintenant un moment, il le lui dit :
-Tu vois, je sais pas quoi te dire.
-(Un sourire) L’as-tu jamais su ?
-Non, c’est vrai, pourtant, il y a une époque où ça nous faisait pas trop rire.
(Un silence.)
-Et si je cassais ce verre, pour qu’on se prouve qu’on existe ?
-Non, tu ferais pas ça ?
-Ben…hésitations…. J’en sais rien en fait.
Hum.
C’est vrai que c’est particulièrement con ! Et là, après avoir vu dans mon esprit traverser l’image de la serveuse et du désagrément à passer pour un con, je prends le verre, à moitié plein en plus, et je le jette par terre avec le plus de franchise que je peux. Voilà.
Alors, plein d’espoir, pour une seconde, il lève les yeux sur elle, voir si ça les a rapprochés, si il comprend mieux pour autant ce qui passe dans sa tête, et il voit son regard sombre, il la kiffe toujours autant, et puis voilà. Il ne comprend pas plus. Elle parle.
-Tiens, j’aurais pas cru…
-Moi non plus, en fait.
La serveuse arrive d’un air rogue, vaguement ennuyés ils essuient à trois la tache sur le parquet, un parquet dont on ne parlera plus par la suite tant il est insignifiant.
Il a fait ça juste pour voir sa réaction à elle, comme un talisman magique, et partant, il s’est aliéné pour le restant de ses jours un grand plaisir, celui de casser les objets qui l’entourent, parce qu’il a vu que ça ne servirait à rien, qu’il resterait toujours autant prisonnier de son esprit. Qu’importe, finalement, d’ailleurs. En fait, à la réflexion, ils commencent à s’amuser un peu, et puis ils partent, et puis ça recommencera un autre jour, jusqu’à ce que l’un d’eux en ait marre, mais peut être aussi qu’un jour il y aura une solution, laquelle je ne sais pas encore, quelque chose d’un peu plus courageux, vivre un peu moins lâchement, ou bien accepter les tâches relou, ou bien tomber dans le rêve pur, selon qu’on se penche sur lui ou sur elle, ils sont jeunes, ils ne savent pas encore, mais ils en ont l’intuition, ils se disent :
-Est-ce que ça va durer encore longtemps ?
-Je sais pas. Et toi ?
-Non, je ne pense pas, j...
-Et moi je pense que si.
-Arrête, tu me coupes la parole.
-Allez on se casse, hahaha
par Benoit
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