LITANIES, LE SITE QUI DIT TOUJOURS LA MÊME CHOSE: LITANIES LITANIES LITANIES
DES VOYAGES, DES IMAGES ETRANGES, INSOLITES, ETC.
Des liens dans les articles vous proposent des parcours thématiques sur le blog, à vous de trouver lesquels!
Petite precision: les articles ne parlent pas vraiment de moi, il y a une part importante de fiction dedans, merci donc de ne pas tirer de conclusion hative me concernant a leur lecture!
Les photos seront désormais disponibles (et téléchargeables) sur ma page FLICKR, et meme d'autres photos.
Une femme est allongee sur une table, au milieu d'un desordre incroyable. Plusieurs personnes s'affairent autour d'elle. Il fait chaud, des ventilateurs tournent, couvrant vaguement le bruit de la
television, allumee dans un coin. Tout autour, des paquets, des instruments chirurgicaux, des boites vides; tout cela est tres informel.
Que fait-elle la? Elle est belle, pourtant. Il parait que c'est souvent comme ca, apres la grossesse.
Tout irait bien si un homme ne tenait pas son estomac dans une de ses mains, pendant que de l'autre il recoud avec un fil bleu fonce ses abdominaux, tout en discutant et rigolant (il a l'habitude).
Sur une table basse, une masse graisseuse git. Son ventre, auparavant.
Sans doute c'est cela, la beaute, un assemblage de lignes, de muscles, de fils, de tendons, et malheur a celui qui essaie de regarder a l'interieur! Alors, par pudeur, on laisse un peu de flou.
Dire que dans quelques jours il n'y paraitra plus, et que la beaute sera mysterieusement revenue, plus mince, plus svelte.
Plastique. Le corps en plastique. C'est un peu pareil, le plastique, c'est joli, en general on rajoute quelques billes colorees parmi les millions de bulles blanches, avant la cuisson, pour que ca
ait l'air encore plus joli! On melange, on chauffe, et on coule dans la forme qu'on veut. Cuisinier plastique. Un peu de sauce?
La beaute des corps repond a celle des lieux, il existe un contraste frappant entre les souterrains des organes et ceux des grandes villes, en atterrissant a l'aeroport, dans les couloirs
interminables, la ou les facades ne montrent rien, ou les tubes courent partout, masses monstrueuses auxquelles je ne comprends rien, au crepuscule.
Les yeux dans le vague, on continue d'avancer. Peut-etre, un jour ce sera plus joli?
Le hangar du monde... pas grand chose et un distributeur de Coca qui traine dans un coin. Peut etre que la fin du capitalisme ressemblera a ca, qui sait?
Perdu dans ses pensées, il travaille. Seul le bruit de l’enclume se fait entendre, la basse régulière du fer, et le crépitement des étincelles. La lumière même du foyer lutte
contre l’ombre alentour. Le monde n’existe pas.
Sans attache, ses pensées suivent le rythme tranquille de l’ouvrage ; une longue litanie sans frontière, et chaque idée se répète, têtue, dans sa tête. Une phrase revient
souvent, pourquoi suis-je-là ; pourquoi suis-je là ? Quand parfois il se voit se la répéter continûment, un sourire effleure ses lèvres. Au début, il pensait que ce n’était pas
possible, cette lenteur, ces répétitions ; mais elles sont entrées dans sa chair, peu à peu, avec le travail, entrées dans sa chair, comme la sueur en sortait, elles sont entrées dans sa
chair, et l’espoir en sortait, elles sont entrées dans son cœur, et le sang affluait, elles ont sinué, elles l’ont abreuvé, et maintenant, seule, demeure son éternelle question, pourquoi
suis-je là. Oui. Non. Peu importe.
Les autres, autour de lui, travaillent. Rien ne vient briser le fleuve de métal brûlant, les objets tremblent sous la chaleur, oscillent, et font douter qu’ils existent. Leur
essence brûle, leur existence fond. Lui, son corps, l’eau qui s’en échappe. La chaleur.
Il se rappelle encore, parfois il a la rage, il tape plus fort, il veut épuiser la sueur, il tape. Mais le fer résiste, mais le bruit rouille, ses muscles tendus semblent inertes
et gonflés. Le bruit des autres, il en pleurerait, reste identique, surhumain ; l’écho sans trêve, il ne sait ni d’où vient l’impulsion, ni qui a commencé. Les autres, les autres, que
pensent-ils ? Pourquoi n’entend-il pas la différence ? Ceux qui frappent fort, ceux qui s’épuisent ? La chaleur et le bruit les éloignent tous, il s’en rend compte ; leurs
pensées, il ne peut les saisir.
Le soir, quand tout est fini, ils partent. Peu parlent. La braise des cigarettes dans la nuit, le rouge des fourneaux se confondent et les consument.
À onze heures, parmi les bruits lourds, un grelot sonne. L’afghan passe. Un homme souriant, un commerçant. Le tintement pur et aigu de sa clochette se fraye un chemin jusqu’aux
hommes, il appelle la faim et la conscience, par-dessus la chaîne de travail. Il vous dit : tu existes, tu travailles, tu dois vivre.
Lui, il n’a rien ; sa voiture, sa clochette, son sourire. Il vend des petits pains. On ne sait pas d’où il vient, pas pourquoi, mais on parle de lui. Il a quitté
l’Afghanistan pendant la guerre, il a plusieurs emplois, sa tante est morte, à Lyon, il n’y a pas longtemps. Qu’allait faire sa tante à Lyon ?
Quand il parle, il sourit. Il soigne sa plus vieille cliente, quelqu’un d’en haut qui lui achète ses petits pains depuis longtemps, plusieurs années. Tous les jours, il répète son
histoire. Frau Moser ist sehr treu. Sehr. Jeden Tag kauft sie was. On comprend que ça a de l’importance. Il lui apporte un choix de sandwichs, il espère qu’elle les prendra. Une lutte
amicale, mais pleine de sens, pour quelques euros. Gagner sa vie, à tout prix, avec des petits pains. Lui, il l’aime bien aussi. Chaque jour, dans son panier, on trouve une nouveauté. Une
saucisse jaune, du fromage frais, un müsli aux fruits. C’est un peu mystérieux, qui se cache derrière tous ces pains tous les jours différents, faits à la main. Il n’en parle pas. Il demande
combien coûtent les billets d’avion pour la France, il aimerait aller à l’enterrement de sa tante. C’est cher. Il regarde les petits pains. Il sourit. Des yeux afghans, comme une barrière qui
vous protège des crimes qu’il a vus, enfouis en lui, que ses yeux et son sourire cachent, tristement. La clochette, le seul fil de l’espoir, il faut parler, choisir, trouver son bonheur. Il
s’occupe de nous ; il le doit. Chacun lui est reconnaissant, mais une certaine pudeur empêche les mots de sortir, même si on voudrait lui dire, que parfois on comprend, que la vie est dure.
L’échange, quelques mots, les sandwichs, Frau Moser, la France. Rien de plus, ça suffit.
Après, il le regarde partir, dans sa voiture, vers où ?
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Parce que le monde qui nous entoure est parfois étrange: des photos, des textes, et des liens en apportent la preuve.
En Allemagne, à Münich, à Hambourg, à Berlin et à Cologne, mais aussi aux Etats Unis et ailleurs.
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Exergue
Les articles du blog sont aussi un moyen de...hum...jeter en pâture à mes exigeants lecteurs des idées, qu'elles soient foireuses, sérieuses, ou intéressantes. Le sens que
j'ai voulu y mettre est fait pour être contourné ou détourné par les commentaires, donc n'hésitez pas à vous exprimer, il n'y a de toute manière presque que des lecteurs réguliers ici :)
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