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DES VOYAGES, DES IMAGES ETRANGES, INSOLITES, ETC.

Des liens dans les articles vous proposent des parcours thématiques sur le blog, à vous de trouver lesquels!

Pour ceux qui sont arrivés ici par Google à la recherche d'un sujet d'exposé, ne désespérez pas: au moins vous avez la confirmation que si on peut écrire, régulièrement, n'importe quoi sur n'importe quel sujet, on peut aussi réussir sa présentation sans trop se fatiguer. Courage!

Les photos seront désormais disponibles (et téléchargeables) sur ma page FLICKR, rubrique "Blog"


Lundi 15 octobre 2007

Olivier-branch--.jpgLe Capitaine Olive armé de son oeil lampe atomique jaune curry, dans le passé.

Les images...il paraît difficile, dans ce blog, de ne pas leur consacrer un demi-article.

Je voudrais juste souligner ici leur aspect à la fois neutre et expressif: une image, en soi, ne veut rien dire, elle est neutre, entièrement dépendante de la volonté de celui qui l'a prise. Pourtant, on peut les comprendre, et elles délivrent un sens immédiat, comme un shot de compréhension qui, souvent, est difficile à décrypter. Cela fait jouer les images similaires, les intentions de l'auteur, les conventions, et aussi le support.

En parcourant Flickr et consorts, je trouve que la photo est en train de changer: la technique ayant beaucoup progressé, beaucoup publient de belles photos, mais pas des photos expressives. Je reste souvent admiratif devant une image, mais elle ne me sert à rien. Etrange...et puis les photos rejoingnent le reste, il faut une éducation, et souvent je vois des photos belles, mais lisses. Comme s'il y avait trop de professionnels...je qualifierais ce phénomène de "syndrôme de l'Allemagne". Ici, c'est ce qui me surprend: les gens, même dans la sphère privée, veulent toujours agir en professionnel. On me parle de millions de pixels, de précision de l'image, etc...toutes choses qui améliorent la beauté plastique de la photo, mais pas son intérêt.

Remarquez, je ne sais pas pourquoi je présuppose qu'une photo doit avoir un intérêt, après tout. C'est vrai que quand on photographie, on recherche la beauté, et que si la technologie peut y aider, c'est un grand plus. Mais, tout à fait subjectivement, je trouve qu'une photo intéressante devrait avoir un petit quelque chose en plus, qu'elle gagne à être liée, comme si justement on pouvait illustrer un photo par un texte, et pas l'inverse! Bref, je m'y perds.

Cette image, par exemple. Que vient-elle faire là? Pourquoi l'ai-je prise? Si je me souviens de ce jour, la raison est simple: je l'ai prise pour voir, et parce que c'était possible. Je me suis dit qu'avec elle, je pourrai raconter une histoire, et renforcer l'effet réel de mon histoire. J'étais tout content d'avoir enfin trouvé mon appareil-photo-en-plastique-qui-prend-des-photos-bizarres.  Mais: est-ce une bonne photo? Une photo intéressante? J'avoue n'en avoir aucune idée...




Le capitaine Olive était un flibustier réputé. Tout petit déjà, il avait arpenté les mers du sud à la recherche de trésors fantastiques. Comme il en avait trouvé beaucoup, il avait acquis un attrait pour les chiffres non dissimulé; la comptabilité l'avait tenté, il s'était reconverti, sur le tard, en banquier redoutable. Mais son passé aventurier le poursuivait, il avait repris la route, affronté des monstres redoutables, frayé avec les sirènes, les plages blanches dont l'on revient difficilement, il avait illuminé la moitié du globe de sa présence. Pour nous, il revient sur l'apogée de sa formidable carrière, l'attaque des poissons volants.

Capitaine Olive, racontez-nous cette aventure: est-ce là que vou avez acquis votre célèbre oeil-lampe atomique?

Oui, mon p'tit gars! C'tait une fameuse histoire qu'c'truc là, j'tel'dit, moi. C'était dans les Mers du sud, il y a longtemps. Avec ma fidèle jonque, j'étais parti me détendre sur une plage blanche, après une expédition de chasse à la baleine. Ç'avait pas été de tout r'pos, pour sûr, mais avec les gars, on avait l'habitude: et pis c'est qu'ys ont des fameux remontants dans ces coins-là. Nous, de toute manière, pas de secret, on roulait au pastis.

Tu m'excuseras, mon pt'it gars, mais j'en ai marre d'parler comme un guignol, alors si tu veux bien, j'vais rprendre la conversation courante, hein.

Ouais, donc j'te disais, nous partimes 50, et nous étions 500 déjà à faire la nouba, quand le ciel, qui jusqu'ici avait été clément, malgré la saison dite des pluies, une saison assez euphémiste par ailleurs, s'obscurcit. Avec l'équipage, on a senti que ce serait pas une journée normale. On craignait plutôt une attaque de dauphins roses, à vrai dire, ces derniers temps la pollution les rendait particulièrement agressifs. Mais pas du tout! dans l'eau limpide, tout semblait tranquille.

Or voilà, un banc de petits poissons venait d'arriver dans lees eaux troubles. Au début, on n'avait pas fait attention, chacun plogeait allègrement du haut de la jonque, et les poissons, effrayés, se repliaient un peu plus loin; pourtant, avec le temps, les poissons reculaient moins. On les voyait s'organiser très distinctement. ils formaient des phalanges, des curies, des tortues. Nous, on commençait à se méfier, d'autant que le ciel était toujours menaçant (on avait peur qu'il ne nous tombe sur la tête).

Soudain, un de mes hommes se mit à hurler, pétrifié: "rhaaaaaaa". Il avait vu un poisson s'envoler, et la colonie entière frémir. Le autres ont commencé à se foutre de sa gueule (un peu, mon n'veu). Mais moi, j'avais déjà entendu parler de ça, dans les Mers du sud: c'était le chef des poissons volants qui donnnait le signal d'une attaque imminente. Si la légende était vraie, c'était la catastrophe: ces poissons volants regroupés en bande étaient des prédateurs d'homme, leur tête ressemblaient étrangement à celle du double maléfique de spiderman dans Spiderman 3 (quand il a la bouche ouverte, uniquement). Ça fait peur, hein! Et je hurlais à mes hommes de rentrer dans la jonque et de sortir leur pistolets laser. Mais déjà, le chef des poissons volants avait fait un nouveau bond en l'air, de plusieurs mètres. Cette fois, tout le monde l'avait vu, et un grand silence s'insinua.

C'est là que le carnage commença. En lignes impeccables, les poissons volants fonçaient sur nous en faisant des ricochets sur l'eau, avec leurs ignobles langues de serpent prêtes à mordre, et leurs crocs acérés avides de lacérer les joyeux compères de cette partie de jonque estivale. Dès la première attaque, au moins 100 mercenaires avaient péri sans avoir le temps de respirer une dernière fois: ils étaient simplement déchiquettés et avalés tout crus. Quand les poissons avaient passé le bateau, ils faisaient demi-tour, attendaient le bond du chef des poissons volants, et reprenaient leur attaque de plus belle. La panique était à son comble, bien sûr.

Heureusement, le bateau, bien qu'endommagé, tenait encore sur l'eau. Une défaillance m'envahit devant un tel massacre, un instant. Je me voyais, caché derrière la banquette du pont supérieur, tremblant de peur. J'eus un sursaut d'orgueil: "Moi, capitaine Olive, me laisser vaincre sous les yeux de mes hommes par une poignée de vermine marine? Après tout ce que j'ai vécu?" Et je me souvenais que les hommes qui m'avaient raconté la légende des poissons volants m'avaient parlé d'une histoire de grigri. Ah non, ce n'était pas la bonne histoire. Ils m'avaient parlé plutôt d'un oeil-lampe atomique, avec lequel il fallait dégommer le chef de la bande.

Je décidais de défier le chef, comme il convenait. Après avoir arraché le lustre du salon flottant, bricolé un rayon laser atomique (oubliant le danger, je souriais furtivement: oui, un jour, on m'appellerait Capitaine Mc Olive, peut être même qu'on raconterait mes aventures à la télévision), peint le lustre en jaune avec le reste de curry du déjeuner, assemblé le rayon laser, et séparé, pour plus d'efficacité, le rayon principal en 6 fuseaux secondaires d'égale intensité, je me relevais, sous l'oeil hébété de mes compagnons de ripaille, et défiais fièrement le chef de la troupe aquatique. Je savais qu'il s'agissait d'un duel à mort; malgré la puissance de mon arme, c'était lui, ou moi. Ou lui. Ou moi. Bref, l'un des deux.

Le chef s'éleva dans l'air, le soleil dans le dos pour que je ne puisse le voir (avait-il vu ça dans les chevaliers du zodiaque, comme moi?), j'armais au hasard, incertain, mon oeil laser atomique...et priais, ce qui ne m'arrive pas souvent, Dieu merci!

Je rouvris les yeux que la peur m'avait fermés, et vivais encore, au milieu du tiers de mes hommes, qui par la suite se chargèrent de me faire le triomphe que vous connaissez. Ah ça, quelle journée!
par Benoit publié dans : Images vers texte ajouter un commentaire
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Dimanche 14 octobre 2007
Pagode-aux-1000-bouddhas.jpg
{L'image est difficile à scanner, désolé pour la qualité}


A même le sol, dormir. Je sens l'épaisseur des murs autour de moi, très fine, je peux entendre le bruit, dehors, de la nuit. La fenêtre est placée assez haut, je vois le ciel, et les étoiles. La chambre est comme une cellule, une natte, une table de nuit en bois, bancale; mes vêtements dans un coin.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.

Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.

Je pense au monde, dehors. La maison isolée, avec son sol de terre battue, sa petite chambre, me semblent le seul refuge à des kilomètres à la ronde. Il faudrait longer le fleuve, remonter la rive jusqu'au village, mais pour quoi faire? La prairie, l'espace plat à l'infini, l'odeur de la brume, le matin, et au loin ces collines improbables.

Où sont les mille bouddhas, où?

Le monde autour de moi se cache, quand je me lèverai, je sais que je ne pourrai rien voir, encore plus que maintenant, le bruit devra me guider. J'irai jusqu'à la berge, un lavage rapide dans l'eau glacée, et, après avoir puisé l'eau pour le jour, dans le champ, quelques pas alentour, de l'autre côté de la maison, pour le plaisir de voir apparaître, un à un dans la brume, les grands épis de céréale, dont je ne verrai même pas la couleur, les épis qui, semés en rang serrés, semblent montrer des chemins vers l'infini, tracent des perspectives vagues dans la brume - vers où?
Et l'attente commence, une fois rentré. Attente devant la bouilloire, qui me rappelle la civilisation: un instant, l'eau qui bout recouvre le fleuve, le grouillis des feuilles battues, du vent; l'eau qui bout appelle la chaleur, forme des volutes, différentes et pourtant immuables, de vapeur, sur lesquelles je penche mon visage, interrogateur. Les volutes chantent un instant, s'épuisent, et laissent, un moment, entrentendre le silence.
Le bol de thé à l'odeur de terre devient le centre du monde; je ne veux pas le laisser disparaître. Je mange légèrement, et sors, dans le froid de l'hiver qui approche.

Je cherche les mille bouddhas, depuis longtemps.

Mais...ils m'échappent. Le jour, je marche, je traverse la prairie, et rejoins les colines au loin; je n'ose pas m'y aventurer profondément. Des lignes de force semblent s'y être construites, sous certains arrangements de sapins, dans certaines vallées. La brume ne disparaît jamais tout à fait, même l'été. En ce moment, elle est dense, fait presque disparaître, au début, le jour, puis s'estompe et vient, enfin, prévenir la nuit. Je marche, je scrute les lieux de force que je connais, j'en cherche d'autres. Parfois, j'aperçois un paysan, au loin, le bruit de la terre sarclée.

Les mille bouddhas sont immobiles.

Parfois, à certains moments de la journée, un équilibre se crée, je sens leur présence, quelque part. Est-elle proche, ou lointaine? C'est difficile de le deviner, l'atmosphère se concentre, la forêt se replie en murmurant, je me dis qu'ils vont bientôt apparaître, j'avance un peu, je cherche à atteindre la clairière, je marche plus vite, et puis... plus rien. J'ai appris à ne pas m'irriter. Je m'interromps un instant, dans ces moments. Je réfléchis, je respire l'odeur des sapins. Parfois, je rebrousse chemin, je retourne vers les champs. On est si seul, parfois. Il me faut aller au contact des hommes, entendre leur voix, éloigner celle des mille bouddhas, savoir que, autour de moi, le monde, lentement, se fait domestiquer. Cela me rassure.

Les mille bouddhas s'éloignent, au loin, avec la nuit.

Le soir ressemble au matin. J'économise la bougie, je regarde les ombres passer sur le mur, si les hommes du champ, au crépuscule, rentrent avec des torches qui éclairent les quelques arbres qui m'entourent. Sans comprendre, je regarde les lumières, les torches qui donnent la lumière faible, les étoiles, froides, la bougie, lumière concentrée. Avec la fatigue, enfin protégé par mes murs fins, je pense à l'avenir, aux mille bouddhas; j'aimerais savoir si, un jour, je les rencontrerai. La fatigue, souvent, m'écrase. Je tourne autour de la lumière, mes pensées deviennent plus lentes.

Les mille bouddhas ne bougent pas.

A même le sol, dormir. Je sens l'épaisseur des murs autour de moi, très fine, je peux entendre le bruit, dehors, de la nuit. La fenêtre est placée assez haut, je vois le ciel, et les étoiles. La chambre est comme une cellule, une natte, une table de nuit en bois, bancale; mes vêtements dans un coin.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.

Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.
par Benoit publié dans : Images vers texte ajouter un commentaire
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