Dimanche 14 octobre 2007

{L'image est difficile à scanner, désolé pour la qualité}
A même le sol, dormir. Je sens l'épaisseur des murs autour de moi, très fine, je peux entendre le bruit, dehors, de la nuit. La fenêtre est placée assez haut, je vois le ciel, et les étoiles. La chambre est comme une cellule, une natte, une table de nuit en bois, bancale; mes vêtements dans un coin.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.
Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.
Je pense au monde, dehors. La maison isolée, avec son sol de terre battue, sa petite chambre, me semblent le seul refuge à des kilomètres à la ronde. Il faudrait longer le fleuve, remonter la rive jusqu'au village, mais pour quoi faire? La prairie, l'espace plat à l'infini, l'odeur de la brume, le matin, et au loin ces collines improbables.
Où sont les mille bouddhas, où?
Le monde autour de moi se cache, quand je me lèverai, je sais que je ne pourrai rien voir, encore plus que maintenant, le bruit devra me guider. J'irai jusqu'à la berge, un lavage rapide dans l'eau glacée, et, après avoir puisé l'eau pour le jour, dans le champ, quelques pas alentour, de l'autre côté de la maison, pour le plaisir de voir apparaître, un à un dans la brume, les grands épis de céréale, dont je ne verrai même pas la couleur, les épis qui, semés en rang serrés, semblent montrer des chemins vers l'infini, tracent des perspectives vagues dans la brume - vers où?
Et l'attente commence, une fois rentré. Attente devant la bouilloire, qui me rappelle la civilisation: un instant, l'eau qui bout recouvre le fleuve, le grouillis des feuilles battues, du vent; l'eau qui bout appelle la chaleur, forme des volutes, différentes et pourtant immuables, de vapeur, sur lesquelles je penche mon visage, interrogateur. Les volutes chantent un instant, s'épuisent, et laissent, un moment, entrentendre le silence.
Le bol de thé à l'odeur de terre devient le centre du monde; je ne veux pas le laisser disparaître. Je mange légèrement, et sors, dans le froid de l'hiver qui approche.
Je cherche les mille bouddhas, depuis longtemps.
Mais...ils m'échappent. Le jour, je marche, je traverse la prairie, et rejoins les colines au loin; je n'ose pas m'y aventurer profondément. Des lignes de force semblent s'y être construites, sous certains arrangements de sapins, dans certaines vallées. La brume ne disparaît jamais tout à fait, même l'été. En ce moment, elle est dense, fait presque disparaître, au début, le jour, puis s'estompe et vient, enfin, prévenir la nuit. Je marche, je scrute les lieux de force que je connais, j'en cherche d'autres. Parfois, j'aperçois un paysan, au loin, le bruit de la terre sarclée.
Les mille bouddhas sont immobiles.
Parfois, à certains moments de la journée, un équilibre se crée, je sens leur présence, quelque part. Est-elle proche, ou lointaine? C'est difficile de le deviner, l'atmosphère se concentre, la forêt se replie en murmurant, je me dis qu'ils vont bientôt apparaître, j'avance un peu, je cherche à atteindre la clairière, je marche plus vite, et puis... plus rien. J'ai appris à ne pas m'irriter. Je m'interromps un instant, dans ces moments. Je réfléchis, je respire l'odeur des sapins. Parfois, je rebrousse chemin, je retourne vers les champs. On est si seul, parfois. Il me faut aller au contact des hommes, entendre leur voix, éloigner celle des mille bouddhas, savoir que, autour de moi, le monde, lentement, se fait domestiquer. Cela me rassure.
Les mille bouddhas s'éloignent, au loin, avec la nuit.
Le soir ressemble au matin. J'économise la bougie, je regarde les ombres passer sur le mur, si les hommes du champ, au crépuscule, rentrent avec des torches qui éclairent les quelques arbres qui m'entourent. Sans comprendre, je regarde les lumières, les torches qui donnent la lumière faible, les étoiles, froides, la bougie, lumière concentrée. Avec la fatigue, enfin protégé par mes murs fins, je pense à l'avenir, aux mille bouddhas; j'aimerais savoir si, un jour, je les rencontrerai. La fatigue, souvent, m'écrase. Je tourne autour de la lumière, mes pensées deviennent plus lentes.
Les mille bouddhas ne bougent pas.
A même le sol, dormir. Je sens l'épaisseur des murs autour de moi, très fine, je peux entendre le bruit, dehors, de la nuit. La fenêtre est placée assez haut, je vois le ciel, et les étoiles. La chambre est comme une cellule, une natte, une table de nuit en bois, bancale; mes vêtements dans un coin.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.
Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.
Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.
Je pense au monde, dehors. La maison isolée, avec son sol de terre battue, sa petite chambre, me semblent le seul refuge à des kilomètres à la ronde. Il faudrait longer le fleuve, remonter la rive jusqu'au village, mais pour quoi faire? La prairie, l'espace plat à l'infini, l'odeur de la brume, le matin, et au loin ces collines improbables.
Où sont les mille bouddhas, où?
Le monde autour de moi se cache, quand je me lèverai, je sais que je ne pourrai rien voir, encore plus que maintenant, le bruit devra me guider. J'irai jusqu'à la berge, un lavage rapide dans l'eau glacée, et, après avoir puisé l'eau pour le jour, dans le champ, quelques pas alentour, de l'autre côté de la maison, pour le plaisir de voir apparaître, un à un dans la brume, les grands épis de céréale, dont je ne verrai même pas la couleur, les épis qui, semés en rang serrés, semblent montrer des chemins vers l'infini, tracent des perspectives vagues dans la brume - vers où?
Et l'attente commence, une fois rentré. Attente devant la bouilloire, qui me rappelle la civilisation: un instant, l'eau qui bout recouvre le fleuve, le grouillis des feuilles battues, du vent; l'eau qui bout appelle la chaleur, forme des volutes, différentes et pourtant immuables, de vapeur, sur lesquelles je penche mon visage, interrogateur. Les volutes chantent un instant, s'épuisent, et laissent, un moment, entrentendre le silence.
Le bol de thé à l'odeur de terre devient le centre du monde; je ne veux pas le laisser disparaître. Je mange légèrement, et sors, dans le froid de l'hiver qui approche.
Je cherche les mille bouddhas, depuis longtemps.
Mais...ils m'échappent. Le jour, je marche, je traverse la prairie, et rejoins les colines au loin; je n'ose pas m'y aventurer profondément. Des lignes de force semblent s'y être construites, sous certains arrangements de sapins, dans certaines vallées. La brume ne disparaît jamais tout à fait, même l'été. En ce moment, elle est dense, fait presque disparaître, au début, le jour, puis s'estompe et vient, enfin, prévenir la nuit. Je marche, je scrute les lieux de force que je connais, j'en cherche d'autres. Parfois, j'aperçois un paysan, au loin, le bruit de la terre sarclée.
Les mille bouddhas sont immobiles.
Parfois, à certains moments de la journée, un équilibre se crée, je sens leur présence, quelque part. Est-elle proche, ou lointaine? C'est difficile de le deviner, l'atmosphère se concentre, la forêt se replie en murmurant, je me dis qu'ils vont bientôt apparaître, j'avance un peu, je cherche à atteindre la clairière, je marche plus vite, et puis... plus rien. J'ai appris à ne pas m'irriter. Je m'interromps un instant, dans ces moments. Je réfléchis, je respire l'odeur des sapins. Parfois, je rebrousse chemin, je retourne vers les champs. On est si seul, parfois. Il me faut aller au contact des hommes, entendre leur voix, éloigner celle des mille bouddhas, savoir que, autour de moi, le monde, lentement, se fait domestiquer. Cela me rassure.
Les mille bouddhas s'éloignent, au loin, avec la nuit.
Le soir ressemble au matin. J'économise la bougie, je regarde les ombres passer sur le mur, si les hommes du champ, au crépuscule, rentrent avec des torches qui éclairent les quelques arbres qui m'entourent. Sans comprendre, je regarde les lumières, les torches qui donnent la lumière faible, les étoiles, froides, la bougie, lumière concentrée. Avec la fatigue, enfin protégé par mes murs fins, je pense à l'avenir, aux mille bouddhas; j'aimerais savoir si, un jour, je les rencontrerai. La fatigue, souvent, m'écrase. Je tourne autour de la lumière, mes pensées deviennent plus lentes.
Les mille bouddhas ne bougent pas.
A même le sol, dormir. Je sens l'épaisseur des murs autour de moi, très fine, je peux entendre le bruit, dehors, de la nuit. La fenêtre est placée assez haut, je vois le ciel, et les étoiles. La chambre est comme une cellule, une natte, une table de nuit en bois, bancale; mes vêtements dans un coin.
A côté, le fleuve coule.
Dormir; impossible, dans ce décor dépouillé, étroit, reclus dans un espace arbitraire, fermé, comme soustrait au monde, je le sens vivre avec plus d'intensité; je veux sortir, mais le vent souffle, les murs m'enserrent.
Je n'ai pas peur des mille bouddhas, non.
par Benoit
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