Dimanche 28 septembre 2008

Cher hypothétique lecteur bonjour!
voilà plus de deux ans que je suis arrivé à Cologne, en septembre, pour passer deux ans en Allemagne. Bon gré mal gré, le blog a suivi tout ce temps, et il a même survécu, puisque je n'habite plus à Cologne, Hamburg ni Münich, mais maintenant à Taipei. C'est comme ça. Voici la vue de mon hôtel, ce matin.
Au début, quand j'écrivais, je ne prenais pas de photos, j'avais peur d'arriver à la fin de mon stock, et de n'avoir plus rien à dire! En fait, ça s'est arrangé. Je me demandais ce qui allait se passer dans ma vie, et je me demande toujours. D'ailleurs, je me demande aussi ce qui s'est passé. Ce blog est celui des questions, je n'oublie pas.
A la fin, en Allemagne, je me prenais beaucoup la tête, j'avais un peu peur. Maintenant, c'est fini. Espérons que l'intérêt du blog remonte d'autant.
Ici, une fois de plus, je ne sais pas ce qui m'attend. Je ne sais même pas pourquoi je suis là! Mais c'est bien. Finalement, la seule chose que je sache, c'est que je ne sais pas ce que je fais là. Non, non, je ne me prends pas pour Socrate... Mais en même temps, c'est vrai.
Avec les déplacements, l'impression de réalité s'estompe. D'abord parce que tous les endroits se ressemblent, les hôtels aux hôtels, les avions se suivent, les visages sont trop nombreux pour pouvoir se fixer vraiment, tout va très vite, on peut faire plusieurs centaines de kilomètres juste pour rencontrer, fugitivement, une ombre, un homme important, puis on repart. Une vie passée à sourire, dans les halls d'hôtel, seul face à ses rêves, aux continents, à la vie.
A ce sourire de surface, plusieurs éléments répondent. D'abord, le sourire intérieur, devant ce que j'étais, devant la marche du monde, devant ceux qui agissent sans savoir, parfois avec droiture et entrain, d'autres dans la peur, et jamais, je ne peux les aider, il faudrait dire, mais toujours la même chose: "tu verras..."
Ensuite, il y a les autres voyageurs, les autres âmes égarées, une sorte d'orbite dont il n'est pas plus possible de s'échapper, le cercle des hommes qui savent la même chose que moi, un cercle qui gravite autour de ceux qui en savent plus, qui nous regarde en souriant, et celui de ceux qui en savent autrement, qui nous regarde froidement!
N'avoir rien. La semaine dernière, je n'ai pas dépensé d'argent, je n'avais pas de logement, je n'étais quasiment rien, en voyage... C'est étrange, c'est bien. Autour, la crise commence à s'enraciner. Vieux dilemme. Je me reproche souvent de ne rien écrire qui soit en rapport avec la réalité. Je voulais partir en Allemagne pour être sur le terrain, pour rentrer dans la réalité, mais finalement je n'ai fait qu'y apporter mon rêve, qui grandit comme une herbe folle, indépendemment de ce que je croyais réel, et qui n'est peut être qu'une chimère malléable. C'est une longue lutte, parfois mon rêve domine le réel, alors je peux laisser d'autres entrer dans le rêve, parfois c'est la vie froide et impitoyable qui remporte une bataille; c'est comme ça, on ne fait pas tout ce qu'on veut, non?
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Avec le temps, le rythme de la pensée s'est ralenti en lui.
Vivant? Un flux passe à travers ses pensées, parfois même son corps; commeil pense lentement, il sourit, il sait qu'il n'est pas le seul à penser ça, et comme une bête traquée, il dresse les oreilles, il cherche où sont ceux qui sentent leurs pensées, à l'affût. Il est là, la chair à vif, dans un espace confiné, il a faim, au dessus de lui le typhon passe avec de grandes rafales, il se sent vivant.
Par l'intelligence, on peut saisir très vite une situation, mais pour agir, il faut fortifier son corps et ses pensées par une longue discipline, qui ne requiert pas forcément la réflexion. Alors, avec tout le temps libre, on est libre. On peut faire à la fois tout ce qu'on nous demande, et être libre. Ça aussi, c'est étrange. Très facile.
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par Benoit
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