Mardi 22 janvier 2008

En silence, un monde s’écroule;
devant moi, l’espace bée.
Je ne vois pas plus loin, et je jette des pierres.
Des rides passent dans le ciel nuageux,
D’incessantes et légères arabesques,
Dont l’ombre me saisit tout à coup;
Au loin des enfants batifolent
mais autour de moi le silence règne
pas de fontaine, pas de gazouillis
Il fait froid, la vie passe, au printemps.
Moi aussi, j’ai vieilli. Assis sous les nuages qui passent, dans la douceur de cette odeur de printemps légèrement ensoleillé, je contemple un monde qui finalement me reste indifférent, hormis peut-être sa beauté, et je me sens vieux, usé d’avoir espéré, pas vu les opportunités, pas été capable de saisir ma chance.
Je m’empêtre dans mes souvenirs, et regarde en arrière sans avoir envie de bouger davantage, et je souris: cet état qui m’occupe en ce moment, il est bien sûr temporaire, lié à ma situation. Bien sûr, il va se dissiper comme les nuages dans le ciel ou cet avant-goût farfelu de printemps.
Mais tout de même, je pense aussi un peu à l’avenir, et je crois qu’au fur et à mesure de mon émoussement physique, ces pensées lourdes vont venir se multiplier et prendre peu à peu toute la place; comment savoir si c’est vrai? A qui demander?
Aussi, dans ce désoeuvrement, il y a une composante étrange liée au détachement, et difficile à expliquer: plus j’ai du mal à faire mon trou, plus l’espoir disparaît, plus une sorte de sérénité s’installe, qui n’empêche aucun drame, mais les rend plus légers, presque amusants, et donne une révoltante capacité d’acceptation; il paraît qu’il faut se battre pour gagner son indépendance, réaliser ses objectifs, et j’ai juste envie de laisser faire, de ne pas penser tout le temps.
Or justement, c’est tout le contraire qui arrive! Au lieu de rester tranquille, et de faire ce que j’ai envie de faire, je m’active comme un dératé pour des buts plus ou moins fumistes, j’use ma volonté jusqu’à la corde, je méprise, je juge, j’ordonne et je suis le mode de vie que je déteste le plus, bien matérialiste.
[PS: La photo est bizarre, c'est même la plus bizarre que j'aie jamais prise, l'effet a été obtenu sur un Holga en prenant la photo à l'endroit et à l'envers sur la même image. Mais ce qui est bizarre c'est que cette symétrie est presque parfaite et n'a pas eu besoin de retouche...]
par Benoit
publié dans :
Poèmes
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