Jeudi 3 janvier 2008
Je ne sais pas si c'est une loi mathématique, mais il semble bien qu'à partir d'un certain nombre de photos dans sa bibliothèque, on puisse illustrer avec plus ou moins de précision et d'imagination n'importe quel article qui vous passe par la tête... nous l'allons voir maintenant.
Je ne suis pas un travailleur manuel. Rien qu'en installant mon bureau aujourd'hui, je me suis écorché tout ce qu j'ai pu avec le tournevis-couteau suisse, avec les vis, avec le bois de la table. Résultat, mes mains saignent.
Encore un article inutile sur un sujet ténu, me direz-vous... Eh bien non, pas cette fois ci!
Car les mains, c'est notre force agissante, les mutiler c'est vivre en quelque sorte. Il y a très longtemps, je me suis pris de haine pour mes mains qui restaient désespérément blanches, propres, inutilisées, j'ai eu envie de les frapper pour les obliger à bouger, à agir, à être quelque chose. Les mains sont une clé d'accès au monde, et c'est tout de même malheureux d'y penser pendant qu'on installe un bureau, i.e. pendant un acte tout à fait inutile.
Les mains, qu'il faut cacher quand on ment, qui tremblent quand on s'émeut, qui gardent les stigmates de la vie au creux de leur rides (tiens, c'est vrai, cette cicatrice, une vieille chute de vélo, par exemple).
Les mains qui vous lisent l'avenir. Je me rappelle aussi tout le sérieux quand on cherchait encore à deviner l'avenir plutôt qu'à le construire, c'est dans les mains qu'on allait voir, là où toutes les poignées allaient se serrer, la où l'avenir, demain...
Les mains aveugles, obligées de sentir, de toucher, pour réfléchir, celles qu'on abandonne à sa copine et cela fait un bien fou mais on ne sait pas trop pourquoi, les mains comme premier contact, on comprend après, pas toujours, les mains mais pas les pieds, parce que les pieds c'est plus terre-à-terre, ça obéit, quoi.
Les mains libres, qui font l'école buissonnière, et peuvent parfois être libres, parce qu'elles s'entendent bien avec la musique, avec l'enthousiasme, les mains qui trahissent et dévoilent.
Mains en imprécation, aussi. Quand la bombe explose au Pakistan, cet homme avec les mains au ciel, soudain tragique (je ne retrouve pas la photo).
Les mains toujours laborieuses, toujours oubliées au détriment du cerveau et du coeur, les mains résistantes, dures, filandreuses, têtues (manues?); san squon sache pourquoi. Mains désarmées contrairement au bras, mains suspendues avant l'avenir, le dernier bastion de la volonté avant d elancer nos gestes dans l'avenir, les mains qui cliquent sur "Publier l'article".
Et ensuite?
par Benoit
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