Samedi 10 novembre 2007

C'est la liberté,
Les grands espaces.
Des routes un peu monotones, et le sol fume, les nuages parlent, le soleil maté de novembre regarde les étendues, brille de connivence.
Même l'air est palpable.
Tout se ressemble, défile très vite, se consume jusqu'à l'apparition d'une étincelle, comme si croiser des kilomètres de prairies donnait une idée de l'espace, comme si tous ces gens à peine efleurés, dont à force on se sent proche parce qu'ils se ressemblent, parce qu'ils me ressemblent, patinait les apparences, et surtout supprimait tous les sentiments d'appartenance. Peu importent les raisons, enfin.
Il est agréable, pour un instant, de voir sans avoir envie de posséder, toutes ces prairies absurdes, savoir qu'elles sont là, les respecter, essayer de se frayer un chemin au milieu d'elles, pour rien, pour brûler les idées.
Agréable de cadrer de travers, de laisser des imperfections, de ne pas retoucher. Ce genre de luxe - ne rien faire - m'a pourtant l'air compatible avec le respect des autres: il participe, modestement, certes, du refus de juger, et donne une chance de capter des expressions chez ceux que j'aimerais comprendre. Mais la route est longue. Et fatigante.
Je n'ai pas plus de mots.
Et à quoi bon décrire davantage.
Silence, pour une fois, juste un peu.
Regardons les étoiles, voulez-vous?
Ecoutons la première neige tomber, qui s'est faite attendre si longtemps, perdu dans un champ enfoui au milieu de la ville, abandonné. Dans la pénombre, je sens les ombres des hautes feuilles sauvages se balancer.
Les étoiles apparaissent, préservées par cette vaste surface vide.
Un moment de répit.
Une éclaircie dans la lassitude.
Je suis là, inutile, par hasard, personne ne le sait, personne n'y prend garde. Pourtant les gens me traitent comme si j'existais, je reçois dans le bus un sourire, dans le bureau presque américain un regard de méfiance, dans un autre bureau, à peine éclairé, chichement meublé, une phrase d'indifférence. Chacun est avec moi ce qu'il sera avec le prochain. J'appartiens au nombre, je peux voyager incognito.
J'ai beaucoup de questions, mais ce soir, non, vraiment ça n'a pas d'importance, il fait froid. La lumière diminue encore. Sans doute, mes voisins dorment déjà.
Dormir. Ne plus penser. Attendre. Sourire. Accueillir. Travailler. Et puis c'est tout.
Bientôt les prairies à nouveau, sous la neige.
par Benoit
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Poèmes
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