Lundi 19 novembre 2007
La nuit va vite. On n'a pas toujours le temps de tout voir.
Parfois, je suis heureux de partir à la recherche, d'avoir une occasion de changer légèrement mon point de vue, de laisser faire mon environnement. Avec des résultats divers.
Après, le sommeil alourdit mes yeux de poudre rêveuse, il me faut un instant pour me réhabituer à la vie tranquille, souvent avec un pincement au coeur: ah, si tout ceci était réel...
Et puis, il faut se dépêcher, de parler, de sourire, de demander à tout le monde, avant que le jour se lève, avant que la comédie ne reprenne.
Tout le jour, en silence, on peut préparer ses questions pour la nuit. Et toi, tu vis combien de vies? Que font les architectes dans les usines quand l'huile coule, et le bois et le métal? Quel est le circuit de l'argent? A quoi ressemble la place de Thessalonique? Ces questions se promènent aussi librement que nous, ainsi que quelques autres, et je scrute, toujours, le masque des passants, au cas où il se fêlerait un peu et montrerait de vraies personnes. Mais ça va vite, parfois d'autres sont plus rapides pour en récupérer la sève! Et c'est bien, aussi, comme ça. Il reste toujours des sourires à explorer, des mystères inéclaircis, des clair -obscurs encore obscurs; des blessures, aussi, des remords.
Quelles sont les frontières; jusqu'où se réduire et jusqu'où s'agrandir? Le contact avec des étrangers donne de nouveaux points de vues; les lieux fréquentés souvent, la patine des habitués construisent aussi l'espace. Des questions, mais aussi des observations, la magie de ceux qui suivent leur propre voie, avec bonheur parfois, qu'on comprend au fur et à mesure, ou pas, parfois ils vous échappent, parfois ils se rapprochent!
Mais toujours la liberté, par le nombre, par l'obscurité, par l'absence d'enjeux.
Et les variations peuvent être infinies, chacun possède la nuit comme il l'entend, elle ne lui appartient pas et se donne à lui quand même, espace et bienveillance.
Bien évidemment, ce ne sont pas les vrais enjeux, seulement, que je raconte ici. Mais la parole va mal avec la nuit, raconter retranche, et les images glanées les plus intéressantes ne sont pas là pour être racontées.
Enfin, puisque "fraternité" est écrit dans notre slogan national; puisque l'Europe nous dit que tous les hommes deviennent des frères; puisque les étoiles, et même celle du paon, pour tous: peut-être que c'est vrai?
par Benoit
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