Lundi 12 mai 2008

Quel contraste! Entre penser le monde, soi, les grands mouvements qui nous entourent, et vivre sa vie matérielle si ténue, étendre la lessive et faire des présentations powerpoint, la distance est à la fois ténue et abyssale.
Comprendre sa position, savoir où on veut aller, connaître ses rêves: une seconde.
Un powerpoint sur la "stratégie produit": 5 heures.
(à ce titre, écrire, c'est créer du temps pour la réflexion, comme fumer)
Tout irait bien si tout le monde avait les mêmes préoccupations. Mais ce n'est pas le cas. Les problèmes qui m'occupent semblent ne pas être partagés par mon entourage immédiat; le risque, c'est de se faire enfermer dans la représentation du monde qu'ont les autres, je veux dire ceux que je fréquente chaque jour, et d'oublier les perspectives. En travaillant 10 heures par jour, dans plusieurs villes ou pays différents chaque semaines, en ne ménageant pas sa peine, en se retrouvant confronté minute après minute aux intérêts les plus terre-à-terre, sans possibilité d'exprimer les idées les plus intéressantes (sous peine d'ennui, à la fac), la pression s'accentue et les certitudes vacillent.
J'ai une croyance aveugle dans le "naturel", je crois que toute la pression créée par le conflit des intérêts et le mélange des visions ne peut résister à la volonté telle qu'on la ménage quand on a le temps de rêver, mais quel rempart de pacotille...
Pourtant c'est bien ce qui arrive; la source de réflexion ne peut se tarir, mais il faut modifier l'objet des pensées, quand on travaille: du livre, de la pensée organisée et consignée vers l'observation de la réalité, y compris son lot de misère, de sécheresse, de désillusions. L'esprit se contracte alors, et quand n'importe quelle stimulation intellectuelle l'approche, telle une étincelle bienfaisante, le sourire revient.
Oh, je n'aurais pas cru la vie comme ça; il y a longtemps, je croyais qu'il était possible, partout, de rencontrer (au sens de créer des liens durables) une infinité de personnalités; mais ce n'est pas vrai. Ceux que je trouve précieux, j'ai même appris qu'il était possible de les perdre, selon les règles intangibles d'un combat de longue haleine entre le confort et l'esprit...choix cruel! Même ça, il faut apprendre à l'accepter, sans savoir si ceux qui "trahissent" savent bien ce qu'ils ont choisi.
Alors, parfois, j'aimerais bien que tout aille plus vite, j'aimerais que les lieux soient plus proches, que l'action ne soit pas si fatigante, et savoir mieux mettre en oeuvre ce que je vois et sens. Monde impitoyable, où pourtant il est possible de trouver sa voix, sa voie et son accomplissement. Clair-obscur où tout repose sur les rencontres et le hasard :)
par Benoit
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Texte vers images
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