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Petite precision: les articles ne parlent pas vraiment de moi, il y a une part importante de fiction dedans, merci donc de ne pas tirer de conclusion hative me concernant a leur lecture!

Les photos seront désormais disponibles (et téléchargeables) sur ma page FLICKR, et meme d'autres photos.


Samedi 19 mai 2007
LPN-et-compagnie.JPG
Mais aussi des assemblées de nains de jardin.
En ce moment, les canards se poursuivent amoureusement et marchent sur l'eau, les familles se suivent à la queue leu leu, les cannes marchent sur l'eau.
En ce moment, les paquebots s'élancent du rivage vers d'autres horizons, vers l'Argentine, vers la Norvège, vers les Bahamas, et les bateaux pompiers les accompagnent, les abeilles les traînent, les abeilles les dirigent.
En ce moment.

 "Les choses reprenaient leur place. Il se sentit alors enfin de retour au pays, et fut frappé de n’avoir pas constaté plus tôt qu’en France, il n’existe pas du tout de bar pour les nains ; il était remarquable qu’il puisse ici s’asseoir sans difficulté, par-dessus le marché rencontrer celle que l’on serait tenté d’appeler un personnage clé de son histoire, et encore plus par-dessus le marché qu’elle lui adresse la parole avec autant d’à propos, comme si elle connaissait ses pensées ! L’Angleterre est un pays formidable.

LPN a du mal à trouver ses mots, car il est ému !
« -Qui es tu ? But who are you ? »Non, ça, il l’a déjà entendu quelque part ailleurs. Ces mots là ne sont pas adaptés à une charmante naine accoudée à un bar...Alors, il continue à réfléchir, les yeux dans le vague, en lissant sa moustache rousse assaillie par la bière.

« Peut être qu’elle me ment », se dit-il. Non, impossible, elle à l’air si belle avec sa petite verrue sous le nez et ses yeux minuscules. « Comment ça, elle a mon shrubbery, elle se prend pour la Reine d’Angleterre ou quoi ? » Ah, LPN, tu débloques...La Reine d’Angleterre ne porterait pas avec un si grand bonheur « Amanite », le parfum des sous-bois, celui que les riches et les puissants ne connaissent pas, et qui embaume le cœur par l’odeur des forêts, diffuse aux nains sensibles sa grande nostalgie faite de senteurs d’herbe fraîche, de lumière dorée et de branchages moussus. LPN en était tout chamboulé, bref, on l’aura compris, il était sous le charme.

Mais il n’avait pas été élevé par Old Beast pour rien : c’était un nain bien élevé (malgré sa petite taille). Il dut pourtant faire un effort conséquent pour ne rien laisser paraître de son trouble, et rester le parfait gentleman qu’il était. Il fallait agir. Le silence qui s’installait trouvait un écho trop flagrant dans les mille signes de son anxiété. D’un air détaché, il demanda donc, sans rien laisser voir de ses réflexions :

« Mademoiselle, j’ai très soif. Puis-je partager votre bière et votre conversation ? »

Ce zeugma approximatif était-il la meilleure approche que l’on puisse opérer ? Il ne nous appartient pas d’en juger. Quoi qu’il en soit, sa nouvelle amie étant fort perspicace, psychologue à ses heures, elle comprit tout de suite le trouble de Little Beast : en effet, il avait déjà une bière en face de lui, détail qu’il semblait avoir totalement oublié. Elle pensa donc avec justesse que sa petite phrase avait fait mouche, et s’apprêta à tester les manières et la conversation de ce nain si attendu par elle.

« Mais bien sûr, ces dés de bière sont bien trop gros pour moi. » Elle trouva prétexte dans cette phrase tout à fait banale à un sourire du plus bel effet ; la grâce féminine n’est pas l’apanage exclusif des femmes de grande taille. Un tel sourire était de taille à faire passer à l’arrière plan le brouhaha confus des conversations de midi du local bondé. Ni elle ni lui n’entendirent plus désormais le cliquetis des fourchettes, les grosses voix qui disaient « le thaï, ce ne serait pas mieux qu’ici ? », « Passe moi le sel », ni les garçons qui pestaient contre les clients voulant payer leur addition séparément.

Notre nain sentait confusément à qui il avait affaire, et il ne profita pas de l’occasion pour faire jouer son charme non moins naturel. Leur rencontre n’était pas plus fortuite que la malchance qui l’avait égaré à Paris, il fallait aller de l’avant. Pourtant une autre banalité eût été déplacée et l’aurait fait paraître sot.

Il sourit à son tour, avec déférence. Le temps de dire « c’est très aimable à vous », il s’était attablé à la table de sa voisine, puis avait pris ses aises, escaladant sans peine ni craquement la vénérable chaise du vieux et sombre pub londonien. Il était désormais replié légèrement en avant, les deux mains jointes, penché au bord de la chaise d’où il pouvait voir ses petites jambes pendouiller dans le vide. Quel bonheur de retrouver les vraies chaises pour nain anglaises, celles qui sont justes un peu trop grandes parce que les menuisiers anglais nains, très orgueilleux, croient toujours que leurs congénères sont plus grands qu’ils ne sont !

« Comment se porte mon shrubbery, Mademoiselle ? Il y a longtemps que je ne l’ai pas revu ! » Voilà, nous étions dans le vif du sujet, et l’attachement légitime de LPN pour son jardinet établissait dans la conversation le lien de connivence adéquat entre ces deux inconnus. On le voit, LPN avait mis de côté toutes les questions et les doutes ; après tout, pourquoi s’étonner du hasard qui avait amené ici sa compagne ?

« -Mais le mieux du monde, les poireaux vont bientôt sortir. » ; elle pensait « qu’il a l’air fatigué, j’espère qu’il va tenir le coup au congrès. »

« -Me voilà soulagé, ai-je déjà passé le temps des cerises ? » ; et il pensait à toute vitesse « c’est donc celui là que j’ai perdu, celui avec les cerises et les poireaux ! ». Fort de cette découverte, il but une gorgée de bière, la première dans le verre de sa partenaire.

« -Oui, pourtant le spectacle fut grandiose : les fleurs blanches près desquelles mûrissent les rondeurs grenat, puis la chute des fruits, quel spectacle cet été ! Où étais tu donc ? » ; mais elle était rassurée, au fond. Elle pensait, « Il s’en rappelle donc, il n’a pas tout oublié. »

« Mais en France très chère ! Quel pays exécrable !» Pour rire, il avait adopté un ton presque aristocratique. Il se disait « alors elle ne sait pas où j’étais, elle ne me connaît peut être pas si bien », ça le rassurait quelque peu.

Cette dernière réplique fit sourire sa compagne, qui était en train de farfouiller dans son sac...Elle pensait aux vieux aristocrates Anglais qu’elle avait rencontrés à Piccadilly, ceux qui portaient des gants dans le métro par peur de se salir, et racontaient de leur voix inimitable : « La France, le pays des grèves ; peuh ! »

Néanmoins elle acheva son mouvement et sortit d’une poche une belle paire de cerises bien rouges.

« Eh bien ! Je t’ai apporté les dernières ! Tu n’en trouveras pas de meilleures dans toute l’Europe. »

Il la regarda bien droit dans les yeux en pensant « Mais comment s’appelle-t-elle donc ? », un peu hors de propos il est vrai."

La photo appelle le texte, et quelques souvenirs, plutôt interrogatifs. Je n'ose en dire plus.
par Benoit publié dans : Texte vers images ajouter un commentaire
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