Les images...il paraît difficile, dans ce blog, de ne pas leur consacrer un demi-article.
Je voudrais juste souligner ici leur aspect à la fois neutre et expressif: une image, en soi, ne veut rien dire, elle est neutre, entièrement dépendante de la volonté de celui qui l'a prise.
Pourtant, on peut les comprendre, et elles délivrent un sens immédiat, comme un shot de compréhension qui, souvent, est difficile à décrypter. Cela fait jouer les images similaires, les
intentions de l'auteur, les conventions, et aussi le support.
En parcourant Flickr et consorts, je trouve que la photo est en train de changer: la technique ayant beaucoup progressé, beaucoup publient de
belles photos, mais pas des photos
expressives. Je reste souvent admiratif devant une image, mais elle ne me sert à rien. Etrange...et puis les photos rejoingnent le reste, il faut une éducation, et souvent je vois des
photos belles, mais lisses. Comme s'il y avait trop de professionnels...je qualifierais ce phénomène de "syndrôme de l'Allemagne". Ici, c'est ce qui me surprend: les gens, même dans la sphère
privée, veulent toujours agir en
professionnel. On me parle de millions de pixels, de précision de l'image, etc...toutes choses qui améliorent la beauté plastique de la photo, mais pas
son intérêt.
Remarquez, je ne sais pas pourquoi je présuppose qu'une photo doit avoir un intérêt, après tout. C'est vrai que quand on photographie, on recherche la
beauté, et que si la technologie peut y aider, c'est un grand plus. Mais, tout à fait subjectivement, je trouve qu'une photo intéressante
devrait avoir un petit quelque chose en plus, qu'elle gagne à être liée, comme si justement on pouvait illustrer un photo par un texte, et pas l'inverse! Bref, je m'y perds.
Cette image, par exemple. Que vient-elle faire là? Pourquoi l'ai-je prise? Si je me souviens de ce jour, la raison est simple: je l'ai prise
pour voir, et parce que c'était
possible. Je me suis dit qu'avec elle, je pourrai raconter une histoire, et renforcer l'effet réel de mon histoire. J'étais tout content d'avoir enfin trouvé mon
appareil-photo-en-plastique-qui-prend-des-photos-bizarres. Mais: est-ce une bonne photo? Une photo intéressante? J'avoue n'en avoir aucune idée...
Le capitaine Olive était un flibustier réputé. Tout petit déjà, il avait arpenté les mers du sud à la recherche de trésors fantastiques. Comme il en avait trouvé beaucoup, il avait acquis un
attrait pour les chiffres non dissimulé; la comptabilité l'avait tenté, il s'était reconverti, sur le tard, en banquier redoutable. Mais son passé aventurier le poursuivait, il avait repris la
route, affronté des monstres redoutables, frayé avec les sirènes, les plages blanches dont l'on revient difficilement, il avait illuminé la moitié du globe de sa présence. Pour nous, il revient
sur l'apogée de sa formidable carrière, l'attaque des poissons volants.
Capitaine Olive, racontez-nous cette aventure: est-ce là que vou avez acquis votre célèbre oeil-lampe atomique?
Oui, mon p'tit gars! C'tait une fameuse histoire qu'c'truc là, j'tel'dit, moi. C'était dans les Mers du sud, il y a longtemps. Avec ma fidèle jonque, j'étais parti me détendre sur une plage
blanche, après une expédition de chasse à la baleine. Ç'avait pas été de tout r'pos, pour sûr, mais avec les gars, on avait l'habitude: et pis c'est qu'ys ont des fameux remontants dans ces
coins-là. Nous, de toute manière, pas de secret, on roulait au pastis.
Tu m'excuseras, mon pt'it gars, mais j'en ai marre d'parler comme un guignol, alors si tu veux bien, j'vais rprendre la conversation courante, hein.
Ouais, donc j'te disais, nous partimes 50, et nous étions 500 déjà à faire la nouba, quand le ciel, qui jusqu'ici avait été clément, malgré la saison dite des pluies, une saison assez euphémiste
par ailleurs, s'obscurcit. Avec l'équipage, on a senti que ce serait pas une journée normale. On craignait plutôt une attaque de dauphins roses, à vrai dire, ces derniers temps la pollution les
rendait particulièrement agressifs. Mais pas du tout! dans l'eau limpide, tout semblait tranquille.
Or voilà, un banc de petits poissons venait d'arriver dans lees eaux troubles. Au début, on n'avait pas fait attention, chacun plogeait allègrement du haut de la jonque, et les poissons,
effrayés, se repliaient un peu plus loin; pourtant, avec le temps, les poissons reculaient moins. On les voyait s'organiser très distinctement. ils formaient des phalanges, des curies, des
tortues. Nous, on commençait à se méfier, d'autant que le ciel était toujours menaçant (on avait peur qu'il ne nous tombe sur la tête).
Soudain, un de mes hommes se mit à hurler, pétrifié: "rhaaaaaaa". Il avait vu un poisson s'envoler, et la colonie entière frémir. Le autres ont commencé à se foutre de sa gueule (un peu, mon
n'veu). Mais moi, j'avais déjà entendu parler de ça, dans les Mers du sud: c'était le chef des poissons volants qui donnnait le signal d'une attaque imminente. Si la légende était vraie, c'était
la catastrophe: ces poissons volants regroupés en bande étaient des prédateurs d'homme, leur tête ressemblaient étrangement à celle du
double
maléfique de spiderman dans Spiderman 3 (quand il a la bouche ouverte, uniquement). Ça fait peur, hein! Et je hurlais à mes hommes de rentrer dans la jonque et de sortir leur pistolets laser.
Mais déjà, le chef des poissons volants avait fait un nouveau bond en l'air, de plusieurs mètres. Cette fois, tout le monde l'avait vu, et un grand silence s'insinua.
C'est là que le carnage commença. En lignes impeccables, les poissons volants fonçaient sur nous en faisant des ricochets sur l'eau, avec leurs ignobles langues de serpent prêtes à mordre, et
leurs crocs acérés avides de lacérer les joyeux compères de cette partie de jonque estivale. Dès la première attaque, au moins 100 mercenaires avaient péri sans avoir le temps de respirer une
dernière fois: ils étaient simplement déchiquettés et avalés tout crus. Quand les poissons avaient passé le bateau, ils faisaient demi-tour, attendaient le bond du chef des poissons volants, et
reprenaient leur attaque de plus belle. La panique était à son comble, bien sûr.
Heureusement, le bateau, bien qu'endommagé, tenait encore sur l'eau. Une défaillance m'envahit devant un tel massacre, un instant. Je me voyais, caché derrière la banquette du pont supérieur,
tremblant de peur. J'eus un sursaut d'orgueil: "Moi, capitaine Olive, me laisser vaincre sous les yeux de mes hommes par une poignée de vermine marine? Après tout ce que j'ai vécu?" Et je me
souvenais que les hommes qui m'avaient raconté la légende des poissons volants m'avaient parlé d'une histoire de grigri. Ah non, ce n'était pas la bonne histoire. Ils m'avaient parlé plutôt d'un
oeil-lampe atomique, avec lequel il fallait dégommer le chef de la bande.
Je décidais de défier le chef, comme il convenait. Après avoir arraché le lustre du salon flottant, bricolé un rayon laser atomique (oubliant le danger, je souriais furtivement: oui, un jour, on
m'appellerait Capitaine Mc Olive, peut être même qu'on raconterait mes aventures à la télévision), peint le lustre en jaune avec le reste de curry du déjeuner, assemblé le rayon laser, et séparé,
pour plus d'efficacité, le rayon principal en 6 fuseaux secondaires d'égale intensité, je me relevais, sous l'oeil hébété de mes compagnons de ripaille, et défiais fièrement le chef de la troupe
aquatique. Je savais qu'il s'agissait d'un duel à mort; malgré la puissance de mon arme, c'était lui, ou moi. Ou lui. Ou moi. Bref, l'un des deux.
Le chef s'éleva dans l'air, le soleil dans le dos pour que je ne puisse le voir (avait-il vu ça dans les chevaliers du zodiaque, comme moi?), j'armais au hasard, incertain, mon oeil laser
atomique...et priais, ce qui ne m'arrive pas souvent, Dieu merci!
Je rouvris les yeux que la peur m'avait fermés, et vivais encore, au milieu du tiers de mes hommes, qui par la suite se chargèrent de me faire le triomphe que vous connaissez. Ah ça, quelle
journée!
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