J'ai fait ce dessin par hasard, en tapant au hasard sur une page qui m'a conduit sur un logiciel aléatoire, où on dessine sans savoir ni pourquoi ni comment, et de toute manière le résultat n'a pas
d'importance.
Un samedi ordinaire, passé pour le travail dans un bourgade inconnue du fin fond de l'Allemagne (Heidenheim), passée à discuter avec des gens normaux. Pas aléatoires du tout. Qui me rappellent tous
les autres gens normaux que j'ai rencontrés. Qui posent les mêmes questions, sont également charmants. Avec leurs rêves, leurs problèmes, leurs envies en filigranne. Cette impression de normalité
et de mille fois déjà vu ne tient pas à eux, mais à moi, plongé dans un milieu différent du mien. Soyons honnêtes, je suis aussi normal, comme tous les gens autour de moi, seulement dans une autre
catégorie, un peu moins sympa, un peu plus speed.
J'ai mangé un gâteau, c'était presque une madeleine, ça m'a reporté dans l'Allemagne des années 60, version classique. Pas forcément désagréable, beaucoup de sourires, souci des détails, de la
qualité, etc.
Après, plus tard, sur l'autoroute, je me suis retrouvé dans la campagne, il y avait un cycliste qui souriait, une route qui menait nulle part, une église perdue dans un chantier géant. Oui, une
église perdue dans un chantier géant. Typiquement bavaroise, petit clocher, couleurs pastels, jolie de loin, vulgaire de près. Autour, des pelleteuses, des remorques, des camions, des aplatisseurs
d'autoroute, et autres instruments entourés de bonshommes avec des vestes orange et des casques jaunes, fatigués par leur journée (moi aussi, j'étais fatigué, d'ailleurs). L'église était là, pour
personne. J'essaie d'imaginer qui lui a accordé un sursis, qui l'a laissé plantée là. Dieu? Surement pas, il aurait eu pitié. J'ai essayé de prendre une photo, mais pas facile d'avoir le chantier
et l'église en même temps. Je suis reparti, non sans m'être arrêté, autre part, sur un banc blanc.
Je pense pouvoir tenir un certain nombre de paragraphes comme ça, mais vous aurez compris l'idée, et je m'arrête. Ecrire au hasard, cela permettra-il de sortir la littérature française de son
ornière? Je ne crois pas, à vrai dire, pourtant, d'après les statistiques et les probabilités, il y a une chance.
L'ombre du roman plane donc sur cet article (la dernière forme convaincante et fédératrice qui a été donnée à détruire aux avants gardes), et moi, faute de matière, ou de culture, j'en suis réduit
à écrire n'importe quoi le samedi soir. Pour une fois je ne concluerai pas par une apologie de la liberté, mais par le constat que le monde est bien divers, et que c'est agréable, parfois, de le
voir vivre dans sa multiplicité.
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