Un froid sec cristallise le temps et recroqueville mon etre. Dans les rues vides de couleurs, chaque passant, comme un flocon de neige retient la glace, retient son etre et avance, plonge en lui meme, insensible au bruit, au monde, le visage absolument impassible et la demarche bien assuree, dans ses vetements cintres, distingues, ou la limite du corps apparait comme une cassure et repond au paysage, dont les seules fleurs visibles sont ces cristaux de glace, bleu limpide, ou le monde vient se refleter, tranquillement, sans un bruit.
Les temples egrenent la ville dans une longue mosaique, elances, nobles; ils appellent a eux les etres qui marchent et repandent, une fois la nuit tombee, une lumiere douce, bienveillante, filtrant a travers les fenetres en papier de riz; de chacune d'entre elles s'echappe la promesse d'un nouveau monde, a peine entr' apercu, simple. Benis par les temples, les etres progressent dans leur valse lente, chenilles sans cesse presque papillons, feuille mortes dans le vent qui oscillent en frottements sensuels a peine audibles.
On trouve, au milieu de la ville, une foret. Elle abrite, oubliee de tous, la tombe d'une puissante famille royale cherchant aujourd'hui encore, a l'ombre des grands buildings modernes, le repos et la paix. Ses couleurs delicates melent les roux de sa splendeur passee au vert sombre dont les bouquets, obscurs ou mysterieux, se balancent au vent d'automne, embrassant la nuit qui tombe.
Penche sur un monticule d'herbe, un guerrier de pierre isole, protege la tombe invisible sur laquelle il prie. Un animal l'accompagne. Face a cette presence centenaire, sereine, le vent caresse l'herbe et le vent porte l'odeur sereine de l'eternite, qui vient mourir dans un souffle, alors que la nuit continue de tomber. Et les lucioles de riz commencent a luire, doucement.