Dans ma boule de crystal, l'avenir et le passé se confondent, mais peut-être cette fin d'année est-elle l'occasion de revenir en arrière pour y voir un peu plus clair.
Une année passée sur une île d'herbes folles, à Taiwan, une île toute petite, un peu étriquée pour ses habitants, où ça va ça vient, presque déconnectée du monde et pourtant intégrée, parfois dirait-on malgré elle; une année passée à parcourir le monde, France, Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, pas mal d'Asie, environ 350.000 km parcourus.
Coincé entre un travail que j'aime mais qui ne reflète qu'une petite partie de mes intérêts et une partie de moi plus vaste et complètement ensevelie, je me sens un vrai gémeaux, face qui rit et face impassible.
Je me rappelle Janvier, les premiers balbutiements en chinois, puis les premières phrases, les premiers emails, les premiers SMS, les premières conversations, vaille que vaille, ça avance. Je me rappelle janvier, tous ces gens autour de moi avec qui je commence à avoir des relations plus amicales, et qui pourraient disparaître plus vite que je ne le souhaite, toutes les aventures dans des coins perdus les montagnes, les volcans les prairies les temples les routes les plages sous les étoiles et à la lumière crue des jours vierges, dans les salles d'opération et sur des bateaux, vogue, vogue, 2009. il y a eu les lancers de lanternes et le bout du monde, la joie et les désillusions, un peu de tout saupoudré à la va-vite.
De nouvelles rencontres, éphémères, des histoires compliquées, comme toujours, la découverte de l'amitié, une fois de plus, les distances qui se font sentir entre nous, parfois cruellement, des vols catastrophiques, la prise de distance avec la France, ou plutôt avec tout ce que j'ai toujours considéré comme bon et normal,que j'aime toujorus mais que je vois de plus loin, la prise de conscience aussi que je ne suis pas prêt d'être un bon manager, et que ce n'est finalement pas si grave, puisque ce n'est pas vraiment moi, des discussions filées dans différents pays, constitution chinoise, histoire indienne, coréenne, liberté et religion, éloge de l'ombre et lumière rasantes toujours, poids des traditions, dialogue intérieur; des images qui foisonnent et remplacent parfois les mots.
Le constat de l'expatrié, sans juger ce qui m'entoure j'essaie de m'intégrer, je progresse et j'accepte beaucoup, et puis parfois comme une drôle de flamme qui s'allume, par une chanson ou par un regard, par quelqu'un d'autre qui voit et par des rêves qui tombent au sol et que je ramasse pour les rendre à leur porpriétaire, comme cette musique pour ce soir qui remplacera la photo; soudain, au milieu de ce monde qui se crée autour de moi fait d'éléments nouveaux, excitants mais pas toujours très solides, je me souviens de toute la beauté que j'ai apprise, je me rappelle ce que j'aime le plus, et le monde, sauvage et vierge, semble s'éclairer à nouveau, mais avec qui partager la beauté dans un pays où le travail est âpre et l'intelligence méticuleuse? J'ai du mal à faire al part des choses, vaut-il mieux regarder la richesse en place sûre d'elle mais un peu ankylosée ou l'avenir en train de se construire, vide encore mais plein d'attentes, prêt à jaillir au milieu du désert, avec des erreurs de débutant des élans d'enthousiasme et des travers tragiques? Mon coeur balance, je ne sais pas trop, sans doute un peu des deux, et plus de partage encore pour l'année prochaine.
Limites et avantages de ma méthode, pour la première fois je me demande s'il est toujours bon d'aller vers l'inverse de ce que j'ai envie de faire, s'il n'est pas possible de découvrir aussi plus en profondeur les domaines qui me plaisent, s'il n'est pas permis d'être un peu plus lumineux et de sortir parfois de l'ombre, mais sans doute pas encore, pas encore le droit de briller, alors on continue, toujours le coeur léger. Remise en question sismique à venir?