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Actuellement a Taiwan, anciennement en Allemagne, j'ecris des textes qui vont avec des photos.

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"Encore un peu de temps, monsieur le bourreau!"


Tout est en place, des images dansent dans la realite, a graver comme un dessin commence doucement, la mine crisse sur le papier, tres vite et appuie legerement la pointe, trace, trace et virevolte, toujours plus profond, essaie de trouver le sang du papier sur la feuille comme dans le cerveau cherche les neurones cherche une verite, enfouie, toujours plus profond creuser comme si les longs sillons etaient plus vrais, mais c'est le premier trait, la premiere plume legere qui a deja tout fixe et pourtant on dirait un mouvement plein d'elan, par ou aller, toujours plus vite et puis on ralentit, une vie qui defile a toute vitesse tourner les pages de la bibliotheque une par une mais ou est cette foutue image, celle la ou dans les sapins, dans la neige, dans l'air clair, celle qui avait la lumiere doree, l'ombre charnue, et les boucles noires de cheveux, mais les cheveux de qui - il y avait les nuages doux, le long fleuve qui coule ou bien etaient-ce les nuages qui bouclaient et les prairies qui pleuvaient; il faisait sombre et oppressant, mais sombre comme l'orage qui s'eloigne et la terre qui respire ou sombre comme les nuits legeres de l'hiver a la montagne, le nez en l'air pour debusquer la premiere etoile, il y avait l'ours invisible pres du lac dont la glace va soudain imploser, d'un coup, pres de l'odeur des sapins, il y avait aussi les coups de telephone dehors, dans le froid, pres de la gouttiere a moitie gelee et les pieds dans la neige boueuse, heureux, heureux sous cette meme etoile surement qu'une autre fois on cherchait a demasquer, il y avait les arbres roux surement sous le blanc et le bruit des branches mures qui craquent comme les os il y avait meme les images qu'on est sur de ne jamais avoir vues, celle entrapercues de petits villages de pierre, o le petit village ou j'appelais les images en attendant que tu reviennes, en attendant la petite chambre qui ressemblait a s'y meprendre a celle si, si simple que c'aurait pu etre n'importe laquelle, et pourtant la sensation de passer a cote, comme l'air imperial qui se lovait doucement par la fenetre, juste assez froid pour nous suggerer l'exterieur et ton souffle maintenant regulier, il y avait le creux des caracteres chinois, l'appel infini des courbres lovees dans tous ces petits carres au sens obscur devoile peu a peu qui cachent leur sens dans le moindre recoin, le fantome qui se cache pres des pieds, l'arbre demultiplie, l'or des rois et du jade, il y avait ce parfum qui passe d'une femme a l'autre et qui vous fait sursauter en vous rappelant des souvenirs trop oublies; et je me sentais lese, love dans ton sourire un peu lointain, guetteur du present qui aurait pu etre mais qu'on savait bien si lointain, ah a ce moment ca n'avait pas d'importance, et maintenant non plus, j'aurais voulu prolonger l'instant avec toi mais il continue a vivre en moi sans toi, muet face au monde qui roule sans nous, face aux autres qui pourraient raconter cette histoire meme cinq milliards de fois, je les aime mais ce n'est pas la mienne et pourtant si, et le monde me racontait mon histoire, les oiseaux gracieux se posaient sur les fils electriques, les machines eclectiques jouaient dans la penombre les cigarettes s'enroulaient dans les whiskies d'or, nous dessinions des plans et des mots nous voulions ralentir le temps, ralentir demain et ajourner apres, rester la tout le temps, comme la musique quand panique on entendait les derniers accords, ceux du reveil sous la couverture fine, au moment ou le ciel s'embrasait comme un long tapis, les cieux bien dessines de l'ete, les cieux laves du printemps, les cieux qu'on croyait toucher parce que sous les toits on les entendait presque, les cieux qui me disaient le monde est vaste, pars! pars! et qui s'abaissaient pour souffler dans mon cou leur melodie de ports eloignes et de rollmops aux harengs, les cieux indecis aux nuages gris en dentelle de soleil, peut etre comme ma vie, mais deja c'etait la voiture, l'odeur de la moquette et le grip de la route, la spirale d'acceleration, dans les temps ou il y avait encore un nulle part ou aller, ou le centre existait et ou mon coeur se gonflait en regardant les crevasses qui defilaient pleines de dragons, soutenu par une musique irresistible, temps difficile a partager de reves puissants et de sourires contagieux, soudain une marchande de fruits, une marchande de vie, un clochard illumine, puis la nuit encore, traversee dans l'attente du jour, les hopitaux enfonces loin sous la terre, les vivants qu'on place au niveau des morts sous la lumiere blafarde, puis retour au jour, il y avait le fumet du lard fondu les crevettes sur les oeufs brouilles et la biere, toujours la meme, sombre, amie des boiseries et des haies mal taillees sauvageonnes en quete de liberte, alors on pouvait rire, rire, comme une peinture abstraite violemment coloree, tant qu'on se sentait d'egal a egal avec l'humanite, parce qu'on ne voulait rien, rien d'autre qu'en faire partie, non monsieur je n'ai pas de personnalite, pardonnez -moi, peut-etre parce que la pluie ruisselait sur les vitres si proches que je sentais le froid m'attirer, peut-etre a cause de la mer que je revais bleue que je revais de n'avoir pas vue encore avec toutes ses mouettes et ses embruns, on ne mentait pas mais peut-etre que peut-etre etait mon nom alors, je ne me souviens pas, j'ai oublie, je me sentais tout petit perdu dans l'univers perdu tres loin et j'allais, ni les mains dans mes poches serrees, ni comme une force qui va, j'allais, sans ecrire ton nom de liberte, ivre en l'absence de mots, solitaire, si pres de toi, toujours.
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