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Actuellement a Taiwan, anciennement en Allemagne, j'ecris des textes qui vont avec des photos.

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L'ombre du monde



Souvent, on écrit pour raconter quelque chose. Mais pas quand on blogue, on dirait. Non. Je veux dire que ça n'a plus l'air d'être une motivation primordiale.
Le blog, c'est une sorte de défouloir bien pratique. On ne sait pas trop pour qui on écrit. On sait qu'on est lu quand même un peu, en épluchant ses statistiques. On sait même quels articles, et parfois, on se demande ce qu'ils ont d'extraordinaire, mais...bon, on n'est pas trop regardant.

Et puis souvent, bah, on écrit par habitude d'écrire. Dans le genre stupide, quand j'étais petit, je lisais Baudelaire qui disait qu'on ne pouvait pas devenir écrivain, si on n'écrivait pas. Alors j'écrivais. Le truc d'abruti, quoi. Peu importe.

Le résultat a posteriori est étrange. Il m'a fallu un peu de temps pour ne plus faire qu'écrire mon blog, mais commencer à aller regarder un peu à droite à gauche les autres blogs. Un processus naturel, j'imagine.
Mais je ne suis toujours pas au clair, je ne comprends pas ce que c'est un blog. Le côté voyeur, oui, c'est sûr, un peu, mais enfin on s'en lasse vite, de lire la vie de personnes dont à priori, on se moque complètement, de regarder des albums de photos de vacances etc. Les référencements bidons le montrent un peu, en s'ennuyant on cherche tout et n'importe quoi. Ecrire pour ses amis, moui mais bon.

Je trouvais donc ça totalement stupide, écrire un blog. Et je me suis trompé. Mais ce n'est pas ça que je voulais écrire, je m'étais pourtant juré de ne pas parler de mes états d'âme.

Je voulais parler des ombres qui passent dans la communication avec l'autre, surtout quand l'autre, on ne le connaît pas. Je crois voir, je crois comprendre pour de vrai, et puis il y a toujours un moment pour réaliser que discuter avec des gens n'a rien d'extraordinaire, en fait. Je suis un peu trop ours, sans doute. Dès que je rencontre de nouvelles personnes, assez souvent, pourtant, je crois toujours avoir trouvé les personnes les plus extraordinaires de l'humanité. Et puis en découvrant que les autres n'ont pas de super pouvoirs, qu'ils doivent construire leur vie comme moi, et bien il se casse une sorte de magie, l'ombre qui s'étend parfois démesurément derrière ceux qui nous entourent, ou devant, autour de laquelle on peut chanter, danser, etc. Il faut redevenir sérieux, s'ennuyer un peu, trouver sa place dans la durée. Mais comment, mais avec qui, la question demeure. Avec ceux qui restent dans l'ombre, c'est tentant. Mais quand je me rapproche, ils s'éloignent. Et quand ils s'éloignent, je me rapproche.
Et la magie donne un choix assez angoissant entre les rêves dont j'ai appris avec le temps qu'ils étaient des rêves, justement, ou la réalité plutôt abrupte, mais malléable, mais sculptable à volonté.

Article qui tourne en rond, voilà, il est 21h50, je viens de me rendre compte que l'esprit et le corps...oh la la je fais mon Descartes, maintenant.

Et ce n'est toujours pas ça que je voulais écrire ce soir. Je voulais dire que, une fois la grande traîne d'ombre aperçue, on commence à voir la réalité aussi, du moins une idée de la réalité, et qu' à ce moment cela devient presque impossible d'écrire, à cause de... à cause de la lumière, de la vérité, à cause du réveil difficile. Dans les livres, Electre ne se réveille pas, elle rêve sa vie, et tout va bien. Elle peut mourir tranquille si il faut, ça ne la gênera pas, et elle remourra à chaque fois qu'on relit le passage, et ça lui donne une impertinence salutaire, du haut de sa feuille de papier. Mais si Electre se réveille? Si elle se rend compte qu'elle s'est trompée? Si elle ne joue plus son rôle? Si elle n'est pas elle? Alors qui est-elle? Quid de l'innoncence qui meurt?

Je repense à Electre, et je l'en aime davantage. Je ne sais pas pourquoi je parle d'Electre à vrai dire, sans doute à cause de la phrase sur la lumière quand le jour se lève, qui me trouble souvent le matin, le jour des criminels et des menteurs, mais la lumière de la vérité qui révèle leur masque.

Bon, j'ai déjà écrit pas mal, là, je ne sais toujours pas ce que je voulais dire, et si Baudelaire avait raison, il va encore falloir que je m'entraîne un sacré bout de temps.


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T
c'est marrant j'y pense aussi à la lumière d'Electre, le matin quand je me lève un peu trop tôt, quand le silence est un peu trop pesant et la lumière si pure. Quand la lumière amplifie le jour.<br /> "Les visages noir en plein midi et les mains rouges" c'est bien plus que la vérité".<br /> Ces jours-là tu as l'impression de découvrir quelque chose de plus grand que le reste, mais c'est sans doute l'ivresse de lumière.c'est sans doute cela qui a un très beau nom et qui s'appelle l'aurore!<br /> Et Electre ne peut pas s'être trompée car ce qu'elle dit est évidence et, du jardinier aux Euménides, tout le monde le sait, comme la lumière!<br /> Tu peux éviter de considérer les autres dans la routine de leur existence et dans la petitesse de leur humanité mais n'en garder que le substrat, ils seront toujours extraordinaires car si tu les trouvés extraordinaires ils le seront toujours.
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B
Merci pour le petit rappel de la lumière...je n'arrive pas à trouver le texte, ici! Il va falloir que je l'expatrie illico.Avec ce que tu dis, je me dis que peut être un des mérites d'Electre, c'est de dire la vérité, pas de la savoir...C'est vrai que tout le monde la connaît, mais il faut tellement de courage pour la dire!Et puis sur la grandeur...parfois je regarde avec ton point de vue, parfois je me dis qu'il faut aussi apprendre à regarder la petitesse du quotidien...Entre les deux, je ne sais pas quelle attitude est la plus intéressante, je me demande.
P
"Et puis en découvrant que les autres n'ont pas de super pouvoirs, qu'ils doivent construire leur vie comme moi, et bien il se casse une sorte de magie, l'ombre [...]" <br /> Peut être que c'est ça, justement, la magie, non ? Découvrir les constructions de l'autre, les comprendre, et s'apercevoir qu'autant qu'on le connaisse, il reste toujours des zones d'ombre à découvrir.<br /> <br /> Et puis... je crains qu'Électre, comme tu l'écris, ne vive que parce qu'elle est un être de papier. Mais la vie, et tu le sais aussi bien que moi -écrire grise, c'est assez curieux, nous laisse nous emporter plus loin que ce qu'on pense et qu'on veut écrire-, la vie c'est justement faire des choix, décider qu'en fin de compte, non on ne veut pas être l'innocence qui meurt.<br /> <br /> Aussi bien, la vie c'est essayer d'ôter les masques des gens qui nous semblent intéressants, non ? C'est l'entreprise de toute une existence, de trouver des personnes qui semblent avoir un fond qui nous correspond /intrigue /émeut /..., et de chercher par tous les moyens, et surtout par le temps qui passe et les mots qui dévoilent, à percer l'autre derrière la zone d'ombre.<br /> <br /> C'est à la fois l'excitation du jeu, de savoir jusqu'où on dénudera l'autre, et la perte progressive de soi, quand on se livre autant qu'on lit l'autre.<br /> <br /> ... Je ne suis pas certaine que tout ceci ait un sens. Tant pis.
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B
Yep! C'est vrai, mais je pensais au moment où tout est magique, tu sais, quand...heu...bah quand c'est magique, justement ^^ Mais heureusement qu'il y a un après, sinon ce serait bien triste.Pour le reste, je me demande si je ne devrais pas prendre ta réponse et la recopier texto, parce que c'est exactement ce que je pense (c'est ça qui est amusant, ça marche dans les deux sens ^^).Et au diable le sens!