Les formes se sont désagrégées. Le regard, perdu, erre de forme en forme, sans saisir de rapport. Peu à peu, la
danseuse apparaît et, lentement, se positionne.
Je tourne autour d'elle. Je l'observe. Ses mouvements sont lents, précis, médités à l'avance, et semblent répondre à un rituel obscur et difficile à saisir. Les formes prennent sens, et même davantage, je vois un arc et des flèches, sans doute à force de trop d'attention.
La danseuse occupe l'espace. Elle a compris où se trouvait le coeur de l'harmonie, et s'y trouve attirée, malgré elle, par la gravité. Je cadre au mieux la photo pour suivre son mouvement, mais elle accélère, elle oscille. La suivre devient difficile.
J'ai eu peur, je suis parti. J'ai essayé de ne pas voir le monde autour de moi. Et ça fonctionne plutôt bien. Je ne vois rien, et je suis de plus en plus ignorant.
Mais parfois et par hasard, il m'arrive de retrouver la danseuse. Je la suis alors, des yeux, un instant, avec un brin de nostalgie, comme si elle m'appelait sur un continent à peine effleuré, pourtant inoubliable. Le coeur se charge, il faut vite continuer à fuir, encore une fois, sans toujours savoir vraiment pourquoi. C'est comme ça. Un regard.