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Actuellement a Taiwan, anciennement en Allemagne, j'ecris des textes qui vont avec des photos.

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Clônes

Autoportraits.jpg

La pluie,
quelques notes de musique,
m'enchantent.

Au loin, le silence rôde.
Je suis amoureux,
mais de qui?

Les clônes. Je lance mes clônes de par le monde pour qu'ils puissent m'informer; ils parcourent, questionnent, où ils peuvent; ils font les pitres.
Les clônes font les pitres, des clowns rient,  il pleut, toujours.

Les clônes prennent leur rôle à coeur, ils apprennent même parfois d'autres langues, d'autres cultures; ils demandent: Die Liebe? Des chansons leur répondent: "Das ist was das ist, sagt die Liebe". Ils sont contents, m'apportent la réponse.

Et je m'interroge. Die Liebe? L'amour? Est-ce une clône? Elle aussi? Ah, je ne sais pas, tout à l'air si semblable. Dehors, l'air est frais. Y a-t-il un amour d'automne? Odeur de feuilles mortes tout juste, embrasement de couleurs désespérant, dramatique; je referme la fenêtre.

D'autres clônes me parlent de sable, ils disent avoir vu le sable fondre, faire des montagnes, des montagnes se sont formées lentement, en se tournant sur elles-mêmes, automatiquement. Des montagnes de sable pour des amours vallonnés (vallonnées, dit un autre clône), et pourquoi pas; je regarde le clône, rêveur.
Marchand de sable!

Non, non, ce n'est pas ça. des clônes, des clônes, il en faut toujours plus, à droite et à gauche, pour savoir. Mais la mémoire se trompe elle aussi; elle n'aime pas les clônes, elle les confond, elle croit toujours voir le même, celui qu'elle préfère: qui lui raconte n'importe quoi, toujours la tête en l'air, comme une très vieille femme la mémoire dit toujours ma vérité; elle radote, mais qu'elle est douce à mes oreilles, la mémoire, mes oreilles, une vieille femme, bientôt l'hiver.

La femme qui danse! La femme qui danse! Certains clônes sont enthousiastes, mais peu précis. Ils me font sourire, ceux-là, je les vois peu, on dirait des petits lutins malins, leurs yeux brillent.
Qu'y a-t-il dans les petits yeux qui brillent des lutins malins?


Déjà, d'autres clônes viennent à moi, ils ne sont pas les miens, ils m'ont été envoyés. Je leur réponds, parfois. Clône, d'où viens tu?
Mais...ils ne savent pas, ils ne se souviennent plus. A la place, ils sont curieux, et posent des tas de questions, dans toutes les langues, très vite, affairés, ils notent mes réponses. Ni merci ni pourquoi, les voilà déjà repartis!
Clône, où vas tu?

Et je me dis, le soir, en allant me coucher, que peut-être, derrière les clônes...
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V
Je ne sais pas si c'est cela que tu exprimes au debut de ton poeme : à des moments j'ai cette sensation d'être amoureuse, mais il n'y a pas une personne precise derriere, juste la sensation diffuse et euphorisante !
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B
Bah oui, tout simplement! Parfois, je m dis aussi que je pourrais tomber à des moments précis si par hasard quelqu'un se trouvait à côté de moi :)
P
Je ne sais pas très bien... Enfin ils partitionnent, c'est clair, mais je ne sais pas si c'est néfaste... Et puis je ne suis pas sûre qu'on ait vraiment le choix, si les clônes existent c'est bien pour une raison, non ? Si on pouvait se montrer tout entier, on le ferait sûrement...Et surtout, en fin de compte, on est bien une somme de petits morceaux de nous, non? Je le ressens de plus en plus en ce moment, cette totalité de moi comme une somme de petites moi...
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B
...et voilà, on nage en plein Austin Powers: des tas de mini-moi lolQuant à l'existence des clônes, je ne sais pas s'il y a une raison, en définitive. Je les ais vus pour la première fois dans le Loup des steppes, mais qui sait si Hermann Hesse ne tenait pas l'histoire de qq un d'autre, etc!Mais bon, les petits morceaux restent très valables, seulement on peut se demander si plutôt les circonstances ne nous forcent pas à montrer des parties du tout, alternativement? Hum, j'aime Arthur Miller et le travail, mais si je dis au boulot que j'aime Arthur Miller, rien ne va plus hihi.Tiens, c'est le moment que vient de choisir iTunes pour jouer...Austin Powers. Encore un coup des clônes?
P
Et le "bon" clône, c'est celui qui t'assurera une réponse positive en face ? Tu sais aussi bien que moi que tous les clônes se superposent pour former une image de toi encore incomplète, et que donc il n'y a pas forcément qu'un seul clône au résultat probant... Et que d'ailleurs le même clône peut avoir des effets différents selon la personne en face (évident) et selon le moment où elle le rencontre...De toute façon à un moment il faut se décider, et ne pas oublier que si le clône particulier que tu as envoyé ne convient pas, il n'y a en réalité que peu de chances qu'un autre ait fonctionné... (est-ce vraiment une consolation, je n'en sais rien, mais...)Anyway, courage ^^
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B
Peut être aussi que les clônes sont néfastes, car ils font la partition de l'individualité?
P
Je ne suis pas sûre que tout soit "beau", quand on aime... Je dirais que tout est plus plein, enfin ça recouvre peut-être la même réalité, en fin de compte.Ou plutôt, tout est vide quand tu n'aimes pas, tout devient coloré et significatif quand tu tombes amoureux, et tout devient plein quand l'autre t'aime aussi (le problème se pose aussi bien pour un lieu si tu le quittes, s'il est détruit, si...).En tout cas, d'après ma petite expérience à moi, un jour, quand tu le sens, choisis un de tes clônes ou fabriques-en un nouveau, envoie-le une fois pour toutes, et ne le laisse pas rentrer sans réponse claire... Parce que tout beau et grisant que c'est au début de se poser des questions en se laissant bercer par le clône que tu préfères sur l'instant, tu finis par te blesser en jouant ce jeu là.
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B
Ton commentaire est le plus juste que j'aie lu depuis longtemps...Merci!Reste à trouver le bon clône.
M
:) De belles pages en perspective....Selon moi et ma petite experience, ce sont l'amour et la peine qui nous dictent les plus beaux textes.
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B
Haha, tu crois? J'ai toujorus cru que l'amour endormissait l'envie d'écrire...au début du moins. Serait-ce le souvenir de l'amour qui fait écrire? une piste à creuser lol.