[Introduction farfelue, mais vraie]
Je vais en avant à l'envers.
La mort, la distance et l'oubli rongent l'énergie en nous. Voyager, c'est pour une grande partie apprendre à perdre. Je regarde les mois qui passent, et je me rends compte de tout ce que je dois laisser en arrière et qui me plaît. Pour cela, le mouvement est impitoyable.
Toujours, s'offrent aux yeux du voyageur plus de paysages, de beautés, d'instants de répit, et de bonheurs fugaces. Mais la contrepartie est là, bien tapie. Il faut repartir. Laisser derrière, parfois même ne pas commencer, subir les incertitudes. Voir la beauté sans pouvoir la saisir.
Au début, je trouvais cela révoltant, de n'être jamais chez soi. J'avais envie de pleurer, parfois, devant ceux qui ne m'accueillaient pas, je croyais qu'ils faisaient exprès de ne pas me voir. Je croyais aussi que tout el monde était comme moi, issu de la même culture, avec les mêmes idées.
Malgré une révolte toujours présente, je vois bien que mon caractère change; je peux maintenant perdre ce que j'aime avec plus de renoncement qu'avant, sans doute j'ai moins envie de posséder mon entourage, aussi.
Parfois, je pense aux gens qui m'entourent, et ça me fait sourire, de regarder à quel stade ils en sont, parfois en avance sur moi, parfois en retard, je me dis qu'à des moments différents de notre existence on aurait pu se comprendre; il y ades amis avec lesquels j'ai l'impression d'être souvent en phase, d'autres moins. Cela n'a pas d'importance, on se retrouve souvent. Le mouvement peut entraîner une certaine griserie, il arrive aussi que j'ai l'impression que ce qui m'arrive n'est qu'une ombre de la réalité, et que les idées qui me dirigent se déplacent peu, elles s'offrent par la répétition dans toute sorte de situations et deviennent visibles. Trouver la beauté, l'égalité, ne pas trop réfléchir, et puis trouver aussi ce qui me constitue, retrouver les visages du passé. Toutes choses difficiles à exprimer dans une langue qui n'est pas la sienne, une autre source de solitude, à vrai dire. Il arrive que j'ai l'impression que les étrangers entre eux présupposent ce fait simple qu'ils ne peuvent pas dire tout ce qu'ils voudraient dire, et qu'ils s'entraident par une mutuelle compréhension autour d'un vide commun. Je me trompe peut-être.
[Nouvelle tentative de conclusion, à vous de choisir laquelle, j'espère assez en rapport avec le post]
Les anges, parce qu'ils ont des ailes, existent.
Les ailes des anges leur donnent leur existence.