"So you look like David Copperfield".
C'est la deuxieme fois en deux jours que j'entends ca... Peut etre que c'est vrai?
Pourquoi ressemblerais-je a David Copperfield? Coupe de cheveux taiwanaise? Hum... Peut etre plutot ma capacite a apparaitre et disparaitre sans aucune logique et de maniere surprenante. Ou la magie, ou le vide constant qui m'entoure? Voyager, c'est parfois un peu ca, j'ai l'impression d'etre le seul a savoir ce que je fais, et quand je rencontre, des jours, des semaines ou des mois apres, les personnes que j'avais quittees malgre moi, il s'installe, au debut, toujours un certain etonnement...
Parfois, j'aimerais etre un vrai magicien et toujours rester pres de ceux qui me sont cher; je voudrais que le temps ne soit pas cet eternel mille feuille de couches de vie melangees un peu partout. Au fur et a mesure que les mois passent, on dirait que des vies distinctes se creent dans chacun des pays ou je voyage regulierement, a force de cotoyer le meme cercle une attirance se cree, on apprend a se faire confiance, et puis... David Copperfield, le temps se fige et le mille feuille s'effeuille, je retourne ailleurs, un peu plus loin, ca continue. Comme si le temps ne passait pas, je reviens, ca recommence, l'idee derriere tout ca: je cherche a entourer l'essence de chacun, mais je passe completement a cote de l'existence. L'existence, l'etre, change moins vite, il est plus stable, et plus personnel, le rapport que je peux avoir lui est celui de la presence plus que du vecu partage, a chaque rencontre la presence reprend; mais a qui adresser ces paroles?
Curieusement, l'essence a moins besoin de manifestations, et on la confond souvent avec l'existence. "Qui es tu?" Je suis banquier, boulanger, buraliste... Vraiment? Reponses en forme de metaphore, mais... "Qui es tu, vraiment?" Cela semble absurde, il suffit de sentir qui nous sommes, il n'y a pas besoin de grand chose pour ca, etre, et vivre en etant, ca suffit, d'une certaine maniere, qui en soi ne peut contenter personne. J'imagine qu'alors, il faut s'inventer une vie pour pouvoir donner a soi-meme un apparence dans laquelle le monde puisse se refleter, mais je ne sais toujours pas trop comment faire. Surement pas en formant les infirmieres, en prononcant des discours, en participant a des congres, des reunions, des seances de brainstorming, etc. dans des luxury resorts and spas sans spas ni luxe.
Y a-t-il une essence de l'apparence? Les images, les images qui naissent sans arret et que l'on peut figer ou diriger, quelle valeur d'essence pour elles? Comme David Copperfield, j'aimerais leur donner une valeur, a elles qui n'en ont pas, si peu que je m'attriste a y penser; images d'images et images de mots, peu de difference finalement, envoyees au monde comme les lanternes dans le ciel et comme pour conjurer le vide.
Vivre comme David Copperfield, apparaitre et disparaitre, mais surtout vivre dans le vide, car le temps est deforme par l'espace, une minute peut en valoir mille si elle devoile un pan du monde de l'essence, dechire par hasard ou rendu au vent.
Et d'autres fois, ne ressembler a rien, etre perdu au bout du monde, et regarder les etoiles dans la tiedeur d'un soir tranquille, sur une plage deserte - disparaitre presque vraiment -
Voyageur: "etre etrange pour qui le temps se mesure en kilometres, et qui peut ressembler a David Copperfield, s'il revient deux fois au meme endroit."